La goguette des Z'énervés
Les amis, me revoilà après une looooooooooooongue pause, de fêtes, de vacances, de glande, de loisirs et de boulot aussi. Un looooooooooooooooooooongue pause, pour me reposer, reprendre des forces et des couleurs.
Et là ça va mieux !
Beaucoup mieux même !!!!
Pour mon retour du come back d'outre mer, j'aimerai vous faire découvrir un petit endroit à Paris et surtout un concept que je trouve tout simplement génial : la goguette.
Bon alors, une goguette, c'est quoi ?
Ah ah, bande d'ignares !!! (Le fait que j'ignorai jusqu'à l'existence de tels lieux il y a 2 semaines encore ne saurait justifier que je me passe du plaisir de vous écraser lourdement de ma culture tout nouvellement acquise ! Non mais !)
Tout simplement, il s'agit d'une pratique chansonnière consistant à placer sur un air populaire un texte propre.
Hein ?!
T'inquiète lecteur, je m'explique !
Vous prenez donc une chanson si possible connue (oui, l'intérêt est quand même que l'ensemble de la salle connaisse au moins l'air de votre chanson, sinon on se sent vite très seul à reprendre en cœur le plus grand hit de son compositeur suédois des années 45 préféré, certes très talentueux - ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit - mais indéniablement passé à l'as de la célébrité et de la reconnaissance populaire ! Et donc au 2ème couplet on voit apparaître le syndrome dit de « l'œil torve », du public poli, mais clairement pas intéressé, bien que fort attentif et respectueux du texte que vous êtes en train de lui servir), vous prenez donc par exemple : « Allo, maman, bobo » d'Alain Souchon (Ca au moins vous êtes sûr que n'importe quel clampin digne de ce nom l'aura entendue une fois dans sa vie, à moins évidemment d'arriver directement d'une détention forcée intergalactique dans les profondeurs noires de la planète Zorbia où on vous a obligé à vous reproduire avec des petits être nantis de 5 tentacules pour 2 jambes et un œil, ce qui fut fort peu ragoûtant, mais ouf vous vous en êtes tiré !), vous prenez donc « Allo, maman, bobo » d'Alain Souchon et vous en réécrivez les paroles, à votre convenance et selon votre humeur, ce qui pourrait devenir, par exemple:
Maman, j' suis trop bobo
Faudrait qu' j'arrête de boire des mojitos
Que j' revende mon vélo
Qu' j'aille bouffer au Mac-do
(Texte de Stan que vous pouvez retrouver en intégralité que le site http://limonaire.free.fr/)
Et oui, c'est ça la goguette ! C'est subversif, parfois méchant, souvent drôle, et c'est un grand exutoire aux petits tracas quotidiens et un pied de nez à cette société qui ne tourne plus tout à fait très rond.
Attentiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiion!!!!!!!!!!!!
Un peu de culture (je préfère prévenir, yen a à qui ça file des boutons! Si tels est votre cas, vous pouvez sauter les prochaines paragraphes)
Historiquement, les goguettes seraient apparues à Paris dans les années 1820. Il s'agissait de sociétés chantantes, où les gens de toutes classes (enfin surtout ouvrières) se réunissaient pour chanter ensemble, et éventuellement manger. Tout le monde y était reçu, il suffisait pour chanter de donner son nom au bureau. La petite histoire dit même, qu'à l'époque, il y avait une goguette dans chaque rue de Paris !
Evidemment, ce mouvement très populaire, était un formidable vecteur d'expression pour les petites gens (« la France d'en bas » comme on dirait aujourd'hui !), qui y brocardaient allégrement l'église, le gouvernement, la politique, etc.
Mais bon, laisser s'exprimer la classe populaire, n'est certainement pas au goût de l'élite dirigeante, surtout que les goguettes furent le berceau de quelques doctrines collectivistes comme l'anarchie. Napoléon III les interdira donc en 1851.
A noter (toujours utile à replacer lors d'une soirée entre amis, entre 2 canapés et un martini olive, pour définitivement clouer le bec à cette pécore de Lucette qui a osé ramener un cake aux olives dont elle vous a piqué la recette, la coquine) :C'est dans ces goguettes que débutera Émile Debraux (1798-1831), disciple de Pierre-Jean de Béranger, et créateur du personnage de Fanfan la tulipe, Charles Gille (1820-1856), oublié complètement de nos jours, ainsi que Jean-Baptiste Clément et Eugène Pottier deux chansonniers de génie qui vont surtout marquer la Commune de Paris. (Dans tes dents Lucette !!)
Fin de la parenthèse culture (Ouf!)
C'est bien joli tout ça, me direz-vous, mais bon pourquoi est-ce qu'elle nous en parle ?
J'y viens !
En fait, il existe un café, à Paris, qui perpétue la tradition de la goguette : Le limonaire (18 cité Bergère, dans le 9ème). Chaque lundi soir, ils proposent une version moderne de la goguette, qu'ils ont baptisé : « La goguette des Z'énervés ».
Le principe reste le même : tout le monde est le bienvenu, et peu proposer une chanson dont il a réécrit les paroles. Un musicien (pianiste, accordéoniste etc. selon les jours), accompagne le goguettier dans ses frasques musicales (souvent en total impro, suivant les changements de ton et les fausses notes de l'artiste d'une heure : on admirera l'exploit !).
Une variante consiste à écrire un texte, sans musique, poème, ode, prose, peu importe, et le musicien improvisera alors au rythme de votre narration (là encore : quel exploit !).
La goguette se veut accessible à tous : même si ça ne rime pas, même si vous chantez faux, ce n'est pas grave, ce n'est pas un spectacle, c'est un défouloir !
Pour pimenter les choses, un thème (rigoureusement non obligatoire) est proposé chaque semaine, mais évidemment, comme vous pouvez l'imaginer, ça gueule beaucoup sur l'actualité, les politiques, les médias et autres « pollueurs d'esprits ».
Pour ce qui est de la cuisine, c'est un peu l'auberge espagnole : chacun amène un petit quelque chose et on partage !!
Vous voyez l'ambiance !!!
J'adore !!!
Vous l'aurez compris, c'est gentiment gaucho, un brin parisianiste, voire légèrement bobo ( ?)... Cela permet surtout de passer une soirée dans un esprit bien différent de ce qui se fait ailleurs. Car dès qu'on rentre au Limonaire, on tombe amoureux de l'ambiance et du lieu. Un petit café sans prétention, déco simple, mais coquette, où tout le monde se connaît, où les gens passent derrière le comptoir comme chez eux, et donnent un coup de main en salle, débarrassant les verres et amenant les différents mets sur les tables, comme s'ils étaient chez des amis.
Un p'tit café « d'antan », ayant conservé un esprit et une âme, sans côté surfait, mode, sans m'as-tu vu, ni faux-semblant. Les gens y sont simples et ouverts. Les discussions avec son voisin s'engagent plus que facilement.
Hier, c'était ma deuxième goguette et la première fois que je prenais le micro. Le thème (les légumes ! Non mais qui peut penser à un thème aussi débile, je vous le demande ???) ne m'ayant pas inspiré de toute la semaine, j'ai donc bâclé un texte, vite fait bien fait à la dernière minute, sur un coin de table, avec l'aide de Loulou (très inspiré).
Je ne résiste pas à l'envi (et la grosse fierté mégalomaniaque qui s'est emparée de moi depuis mon show d'hier !!) de vous le faire partager !
Sur l'air de « Mademoiselle chante le blues » de Patricia Kaas :
C'était déjà galère lorsque j'étais gamine
On pouvait pas m'en faire manger pour un centime
Ma mère avait beau m'dire ailleurs c'est la famine
J'en voulais pas du tout
C'était pas k'c'tait relou
J'trouvais qu'ç'avait pas d'goût
J'en mangeais pas du tout
Tu peux essayer... tout les soiiiiiiiiiiiiiiiiiiirs
T'as qu'à y croiiiiiiiiiiiiire
J'en mangeais pas du tout
Pis vint l'adolescence et là tout à changé
En fait je n'avais plus le même centre d'intérêt
Fallait garder la ligne c'était tout c'qui comptait
Je mangeais que du chou
Je peux dire k'c'tait relou
Et même k'ç'avait pas d'goût
Je mangeais que du chou
Du chou tout les soirs
J'broyais du noiiiiiiiiiiiiiiiiiir
Mais j'mangeais que du chou
Et puis l'a bien fallut que j'me trouve un boulot
Ma vie était rythmée métro taf et dodo
Pas l'temps de préparer ni carottes ni poireaux
J'finissais qur les g'noux
Un emploi du temps d'fou
Et tant pis pour le gôut
Et tant pis pour les choux
Me suis mise à boire
Quelle histoiiiiiiiiiiiiiiiiiire
Et tout ça pour des clous
Car quand vint la vieillesse avec canne et dentier
Oùùùùùùùùùùùùù tout c'ki passe le gosier, c'est sous forme de purée
Je mange plus que du chou, putain ça m'fait les pieds
J'en voudrais plus du tout
C'est pas histoire de goût
Fallait juste k'ce soit mou
Je mange plus que du choux
Du chou tout les soirs
C'est pas une gloiiiiiiiiiiiiiiiiiiiire
Je mangerai plus de chou !!!
Pour plus d'info, allez voir d'urgencele site du limonaire : http://limonaire.free.fr/
Par Titou, Mardi 22 Janvier 2008 à 15:17 GMT+2 dans La culture c'est comme la confiture... oui mais aux fraises alors! (article, RSS)





