Les corbeaux ne se cachent pas pour faire leur courses
La scène se passe au Monop', rendez-vous incontournable de nos amis citadins, qui comme moi finissent tard et savent s'organiser, c'est à dire possèdent de jolis placards qui leur rappel admirablement le désert de Gobie et n'ont jamais rien dans leur frigo qui puisse les sustenter pendant plus de 3 min. Pour résumer : un paquet de chips (tiens qu'est-ce que ça fout dans mon frigo ça au fait ?) et un yaourt (dont la date limite de consommation est dépassée depuis 2 mois... il est à la cerise aussi, il faut dire, ceci explique peut être cela ! )
Note pour plus tard : jeter ce foutu yaourt !
Pour ma défense je dirai juste que la nourriture c'est lourd, que je ne suis pas Musclor et que se faire livrer c'est trop cher ! Donc je fais pour les courses comme pour le reste : à l'arrache !
C'est une méthode de vie comme une autre et qui a ses avantages.
Par exemple, ce soir là, j'avais une furieuse envi d'un cordon bleu/petit pois (oui, je sais, yen a c'est les fraises, moi c'est les cordons bleu... bon... je n'ai jamais dit que j'étais quelqu'un de mentalement stable et équilibré non plus, hein !).
Donc, imaginez une minute que je sois quelqu'un de structuré et d'organisé - arrêtez de vous marrer comme des baleines je vous ai vu ... c'est un exercice pas évident, je l'admets... surtout quand on me connait... bon essayez d'imaginer c'est tout !- donc imaginez une minute que je sois allé faire mes courses pour la semaine, samedi soir, à Carrouf'.
Alors déjà, je vous prie d'admirer mon merveilleux courage ! Non parce qu'aller affronter une horde de ménagères en furie, prêtes à se battre pour des rognons de porc en solde , et si possible flanquée de leur charmante marmaille, braillarde et/ou lâchée en open-slip dans la jungle des rayons, moi j'vous dit : c'est du sport qui devrait figurer aux jeux olympiques, catégorie « j'ai un moral en béton », entre l'épreuve « je prends le métro un jour de grève » et le célèbre et jamais dépassé « nettoyage des cabinets post-gastro » !
Bref, dans ce monde idéal de l'imaginaire j'ai donc fait mes courses pour la semaine, en bonne ménagère organisée, et j'ai tout prévu pour sustenter un Titou affamé, mais préoccupé par sa santé, pendant au moins 7 jours, c'est à dire : pleins de fruits, pleins de légumes, pleins de trucs à 0%, rien de gras/sucré/alcoolisé ! Que du bonheur !
Alors me voilà avec mes placards et mon frigo plein de choses saines et savoureuses... mais problème : après une journée de boulot/pluie/grève, moi je n'ai qu'une envie, qu'une obsession : un bon cordon bleu plein de fromage agrémenté de succulent petit pois en boîte le tout accompagné d'une lichette de bière (classe !). Et ben je me retrouve comme une imbécile avec mes carottes vapeur moi dis donc ! Eh ouais, eh ouais, eh ben ouais!
Ya des considérations vÂchement grave qui nous échappe comme ça des fois, des enjeux globaux, vitaux et cruciaux dont dépendent tellement de choses et qu'on laisse de côté, hein ?! Piouf !!!
Bref !
Et donc pour conclure, voilà pourquoi je me tape le Monop' à 20 h le soir, et sa horde de célibatant-citadin désabusé mais sans marmaille braillarde, ce qui ne les empêche pas d'être nombreux et de faire ainsi que je doive attendre 1 demi heure en caisse pour payer mon pauvre cordon-bleu-petit-pois-bière.
J'arrivais donc à la caisse...
A moitié ailleurs, car en train de passer en revu dans ma petite tête toutes ces choses dont j'aurai potentiellement besoin mais que j'oublie à chaque fois d'acheter (Angoisse : du gel douche ? est-ce que j'ai du gel douche ?) et j'avise une file d'attente qui m'a l'air moins fournie que les autres. Je m'engage.
Pour le coup, je suis d'une bêtise sans nom, il faut bien l'avouer, car franchement j'aurai dû me douter qu'une aubaine comme ça, à Paris, au Monop',ça ne pouvait être qu'une F.B.I ! (Ah la classe ! J'ai réussi à le placer !!! houhouhou !! Danse du hamster ! Comprenne qui pourra...)
Evidemment, je me suis retrouvée à la caisse des livraisons, ce qui implique : pas beaucoup de gens, mais beaucoup beaucoup d'attente, car remplir les bordereaux et mettre dans des cartons, c'est assez long, mine de crayon !
Las !
Et en plus, l'accueil étant fermé (manque de personnel suite aux grèves !), l'hôtesse de caisse (ouais, la caissière quoi !) jouait aussi les hôtesses d'accueil (ouais la cuillère quoi ! houhouhou). Donc c'était un défilé permanent de petit vieux qui changeaient des culottes taille 44 contre 42 et troquaient des pommes contre des bananes ou réclamaient les 14 centimes pour lesquels ils se sentaient lésés -et oui, ils sont bel et bien allé vérifier en rayon que la ricoré soluble c'est 4€13 et pas 4€27 comme on a essayé de leur faire croire, ils ne sont pas nés de la dernière pluie quand même !
Que du bonheur quoi !
J'avançais donc patiemment, en me maudissant d'avoir choisi cette caisse, et en maudissant ma fainéantise et mon manque d'anticipation. J'en étais même à me dire que des rognons de porc, finalement, ça ne devait pas être si mal que ça, avec une bonne sauce piquante et qu'il faudrait décidément que j'aille faire un tour à carrouf' samedi ! J'étais au bord du gouffre, quoi !
Et tout à coup, le mec devant moi, la quarantaine dégarnie, à littéralement pété un plomb ! Il s'est mis à injurier la caissière, comme quoi c'était inadmissible, qu'elle s'occupait de tout le monde sauf des clients qui attendaient en caisse, qu'elle lambinait à faire ses bordereaux de livraison, que les petits vieux c'était tous des chieurs qui n'avaient rien d'autre à foutre que de venir faire chier les gens qui travaillent - Eux !
Bref, une vrai séance de « je perds mes nerfs en public et je vous postillonne à la gueule si je veux ! ». Du concentré d'humanité à vous donner envi de ne pas faire d'enfants si c'est pour qu'ils deviennent comme ça dis donc ! Non parce qu'en face, il a une femme qui assure 2 postes, plus les livraisons et que personne ne l'a forcé, lui, à choisir cette caisse où il est bien indiqué en gros en rouge, et si ils pouvaient en fluo clignotant, qu'elle fait les livraison, et il a quand même le culot de péter un sketch ! Bravo ! Du grand art !
La caissière est restée très calme. Grande admiration ! Elle n'a pas levé un sourcil plus haut que l'autre, n'a fait aucun commentaire et à continué de scanner ses articles en ajoutant : moi aussi, monsieur, je travaille... comme tout le monde !
Le type a grommelé un truc désagréable du style : ben on dirait pas, et puis c'est tue, voyant que son scandale tombait à plat.
Son tour arrive. Il jette ses affaires sur le tapis. Tout bouffi de son importance.
Scanne. Scanne. Scanne.
23e10, monsieur s'il vous plait !
Et là... rebondissement ! Sa carte bancaire ne passe pas.
Une fois, 2 fois!
Le type devient tout rouge au fur et à mesure.
Trop de pression.
Il se tâte les poches, frénétiquement, à la recherche d'une solution.
Pas de monnaie, pas de chéquier... On sent bien que là c'est sûr, il est sur le point d'exploser !
Derrière les gens commencent à l'engueuler ! Il bloque tout le monde !
C'est la panique.
Heureusement, le 3ème coup sera le bon !
Notre bonhomme récupère donc ses courses et file, la queue entre les jambe sans demander son reste.
Ce sur quoi, la dame derrière moi lance un bon et franc : « Le corbeau, honteux et confus, jura mais un peu tard... qu'on ne l'y prendrait plus ! »
Je ne peux pas m'empêcher de pouffer.
Vous voyez, j'ai raison d'aller au Monop' à l'arrache, j'ai même le spectacle en prime !!!
Par Titou, Jeudi 22 Novembre 2007 à 12:56 GMT+2 dans On vit une époque formidable (article, RSS)






